© 2018 by Anna L'hospital.
 

ACTE I : DÉPLACER

Abandonné sous les arbres du jardin,

Il se fait oublier sous leurs épines,

Aujourd'hui tombées.

Enfoncé dans la terre,

Sa couleur bleue en est alors tachée.

 

Autrefois, objet intermédiaire,

Il permettait l'import d'eau fraiche

A l'ancienne bête de mon grand-père.

Ainsi un bidon d'eau bleu,

Laissé là, à sa verticale,

Interpella mon regard.

Une fois déblayé du jardin,

Je le déplaça jusque dans l'atelier,

Pour le travailler.

Récidive d'un geste anciennement exercé,

Le bison succède à un ancien objet :

Une poubelle de mon école.

Laquelle, une fois dérobée,

Fut écorchée à l'aide d'une scie à main.

ACTE II : PLACER A L'HORIZONTAL

Difficile à tenir en place, 

C'est sur son horizontale,

Que de sa verticale,

Il trouva son axe.

De forme cylindrique,

Même une fois allongé,

Il oscillait encore entre plusieurs positions.

Pour essayer de la maintenir droit,

C'est entre mes jambes qu'il se bloqua.

ACTE III : LA SCIE DE BOUCHER

Variation d'instrument

Par rapport à la scie manuelle,

Je m'arme d'une scie de boucher.

Sous ses dents

Pointues et rectangulaires,

Le plastique du bidon

Résiste.

Selon ses différentes inclinaisons,

Apparaissent sur le contour de l'objet :

Griffures, écorchures, simples traits...

Placé suivant sa largueur,

Parallèle à mon buste,

A la manière dont l'on coupe du pain,

Ses dents ne s'enfoncent pas.

Alors qu'incliné sur sa diagonale,

L'outil inscrit ses traits plus serrés

Et plus larges dans le plastique.

Seule, penchée,

Le manche et sa lame,

Inclinés sous mes mains,

Appuyés fort,

Le plastique se retourne enfin.

ACTE IV : LE PLASTIQUE RETOURNÉ

Intact,

Sa carapace est d'un bleu outremer,

Ponctuée de petites taches de terre,

Couleur ocre.

Dès le début du travail,

J'observe les premiers changements.

D'un bleu outremer,

On passe à un bleu cyan,

Tirant du plus clair au plus foncé,

Suivant l'insistance de l'outil.

ACTE V : LES RÉSIDUS

Telle une carapace,

A la fois lisse et dure,

Suite à l'intervention de la lame, 

C'est toute hérissée

Qu'elle se transforme.

A l'image de petits poils,

Tout ébouriffés,

Le plastique se retourne.

Et laisse, s'échapper de sa forme,

Un tas de petits copeaux

Qui jonchent dorénavant le sol,

Dessinant de manière aléatoire,

Une histoire,

Entre lui et son environnement.

ACTE VI : L'ODEUR

Trop insister au même endroit,

L'a conduit

A contre-attaquer son adversaire.

Sa surface commence à bouillir,

Elle chauffe sous ma main,

Et laisse se dégager une odeur,

Assez nocive pour ma santé.

ACTE VII : MOUVEMENTS DU CORPS

Difficile de suivre,

Les mouvements,

De ce corps de plastique.

Il houle, comme ça, de gauche à droite,

Pour tenter de saper

L'attention de ma main

Sur l'instrument que je tiens.

Sous mon geste, le corps bouge,

Plié, mon bras droit recule

Pour mieux s'adapter à ses oscillations.

A la manière du musicien

Lorsque son arc vibre

Sur son corps de bois :

Mon geste lui est assez similaire.

ACTE VIII : LE BRUIT

Loin d'être particulièrement musicaux,

Les sons qui s'en échappent,

Masquent ceux qui l'environnent.

Le geste qui réside,

Donc du corps à corps,

Entre mon geste et ses mouvements,

Requiert de ma personne,

Une attention sans faille.

ACTE IX : L'ERGONOMIE

Position inconfortable,

Pour un geste dynamique.

Levée de mon coude,

Je cherche le bon geste,

Allant de pair,

Avec la maîtrise de l'outil.

Du couteau à pain,

C'est à la manière d'un archet de violon,

Que se soulage mon bras.

ACTE X : LE TEMPS

Pas de côté,

Regards de biais,

Je prends du recul

Pour observer cette forme.

Les oscillations reprennent,

Aplatissant des petits poils

Dans ses mouvements.

Changement d'outil,

Je sors la scie sauteuse.

Aujourd'hui,

En réaction aux coups de ce nouvel outil,

La forme sursaute

Elle semble avoir la chair de poule.

Des fins petits poils,

Ils sont alors plus durs et résistants.

Ils forment son armure.