« JE T’AI DANS LA PEAU 

Anna L’Hospital a le sens de la formule. Cette qualité littéraire est rare chez une jeune plasticienne. Il n’y voit que du bleu, Poussée à bout elle sort de ses gonds, Avant de m’envoler je plie bagage, Elle sort les pieds en l’air, Elle fait peau neuve, Echoué il se dessèche à vue d’œil, comme autant de titres qu’elle donne à ses œuvres où l’action se lit avant de se précipiter au mur ou au sol. 

 Anna L’Hospital s’empare des corps en captant leur peau avec le plus souvent du scotch et de la mine de plomb ou en la réduisant en poudre à l’aide de scies. Et s’il ne restait plus que la peau, l’enveloppe, et s’il restait encore la peau, l’enveloppe ; c’est selon. Je me surprends à penser à l’expression Je t’ai dans la peauavec une acuité nouvelle. Je l’entends maintenant au pied de ses lettres.

 

Acte de possession, de prédation, elle ne retient que la peau du corps pour mieux le contempler, en garder des traces, des allures, des postures ; corps de la chaise, du bureau, de la table, du bidon soudain rendus lâches. De ces corps recouverts de scotch, noirci à la mine de plomb ou de graphite, devenus feuilles froissées accrochées au mur ou de ce bidon strié à la scie, se vidant de sa poudre de plastique dispersée au sol, l’émotion est palpable, visible. Pendus ou couchés plus qu’accrochés, ils ont vécu et n’en sont pas revenus. Rentrée chez moi, les meubles retrouvent leur poids, leur solidité mais je les sens plus proches, plus familiers, dotés d’un supplément d’âme. »  

 

Frédérique Bruyas

Lectrice publique

Découcher

2016

Installation, matelas peint et boules de terre crue peinte. Dimensions variables.

© 2018 by Anna L'hospital.