© 2018 by Anna L'hospital.
 

Diplômée de la Haute école des arts du Rhin, Anna L'hospital est une jeune artiste dont la pratique est celle du scotch de peintre et de la mine graphite. Elle réalise des relevés d’empreintes des objets de son quotidien par une série de frottages, qu’elle reconstitue par la suite en volume. En parallèle à son travail, il a toujours été primordial pour elle de mettre en place des projets où le dialogue et les échanges sont au cœur de ses problématiques. En 2016, elle crée un duo d’artiste Gestes Croisés avec Alice Tariant. Ensemble elles partent à la rencontre de différentes personnalités pour les interroger sur leur geste dans leur passion ou leur activité. Depuis l’année 2014, travailler auprès d’artistes tel Sarah Trouche, Eva Jospin ou bien Tatiana Wolska, ou encore au sein de la Fabrique Culturelle du 6bis Fabrik lui a permis d’être constamment au plus près des différents processus créatifs. Réunir des pratiques, processus et différents publics autour d’un même sujet a toujours été très important pour elle.

 

« JE T’AI DANS LA PEAU

Anna L’Hospital a le sens de la formule. Cette qualité littéraire est rare chez une jeune plasticienne. Il n’y voit que du bleu, Poussée à bout elle sort de ses gonds, Avant de m’envoler je plie bagage, Elle sort les pieds en l’air, Elle fait peau neuve, Echoué il se dessèche à vue d’œil, comme autant de titres qu’elle donne à ses œuvres où l’action se lit avant de se précipiter au mur ou au sol.

 Anna L’Hospital s’empare des corps en captant leur peau avec le plus souvent du scotch et de la mine de plomb ou en la réduisant en poudre à l’aide de scies. Et s’il ne restait plus que la peau, l’enveloppe, et s’il restait encore la peau, l’enveloppe ; c’est selon. Je me surprends à penser à l’expression Je t’ai dans la peau avec une acuité nouvelle. Je l’entends maintenant au pied de ses lettres.

 

Acte de possession, de prédation, elle ne retient que la peau du corps pour mieux le contempler, en garder des traces, des allures, des postures ; corps de la chaise, du bureau, de la table, du bidon soudain rendus lâches. De ces corps recouverts de scotch, noirci à la mine de plomb ou de graphite, devenus feuilles froissées accrochées au mur ou de ce bidon strié à la scie, se vidant de sa poudre de plastique dispersée au sol, l’émotion est palpable, visible. Pendus ou couchés plus qu’accrochés, ils ont vécu et n’en sont pas revenus. Rentrée chez moi, les meubles retrouvent leur poids, leur solidité mais je les sens plus proches, plus familiers, dotés d’un supplément d’âme. »  

 

Frédérique Bruyas, Lectrice publique.

« À quel dessein sont voués ces meubles et objets que l’enfance et la vieillesse ont enchantés ? Que de contes et de souvenirs imprègnent nos foyers et nos jardins sans que quiconque ne tende l’oreille à leur histoire. L’œuvre d’Anna L’Hospital s’éveille dans cette affinité qu’elle entretient avec ces objets, ces meubles qui vivent à travers elle et à travers sa mémoire. Attirée par les objets suspendus entre deux états, les objets accidentés, nécrosés, agités par le temps, elle développe depuis la mort tragique d’un de ses proches une technique à la limite du rituel, lui permettant d’être au plus proches des objets, dans un « corps à corps » sempiternel. Le scotch, son médium de prédilection, vient se coucher sur tous les volumes de l’objet afin de suivre les courbes du meuble et en extraire l’empreinte, le témoignage. Ce scotch marouflé lui permet d’entrer dans « les reliefs et interstices », de parcourir parfaitement le motif du bois, le motif de la pierre et d’ainsi épouser pleinement les formes sans jamais dénaturer l’objet. S’invite alors la mine de plomb, souvenir d’attache de l’artiste avec le dessin, qui vient gratter la matière en creux et produire son négatif. Un processus long par lequel l’artiste va se lancer dans un « combat avec la matière », cherchant à tout prix à lui arracher son motif et son âme, tout en préservant son enveloppe. Cette cérémonie s’achève par l’incision au cutter de cette « seconde peau », qui révèle alors une mue légère, souple, libre de ses mouvements. La prise de cette « empreinte met en exergue la fragilité de départ » de l’objet destitué de sa fonction première. L’ambivalence voulue entre dessin et sculpture des œuvres de Anna L’Hospital s’inscrit dans son désir de déplacer le souvenir de l’objet, « son image fantôme » pour l’incorporer à un nouvel espace d’éloge, de commémoration, celui de l’espace d’exposition. »

Charlène Rioux

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